Le temps d’écran « éducatif » compte-t-il comme du temps d’écran ?

Illustration : une mère et sa fille, blotties sur un canapé bleu dans un salon chaleureux, regardent ensemble une tablette en souriant.
Dans cet article
  1. Que disent les recommandations françaises sur les écrans ?
  2. Existe-t-il une règle officielle qui exclut le temps d’écran éducatif ?
  3. Alors, qu’est-ce qui compte vraiment ?
  4. Concrètement, que veut dire « accompagné » entre 3 et 6 ans ?
  5. Comment faire la différence, en pratique ?
  6. Vingt minutes d’appli de maths, est-ce comme vingt minutes de dessin animé ?
  7. Une bonne application, on peut donc en abuser sans risque ?

Non, pas officiellement : aucune recommandation française ne met le temps d’écran « éducatif » à part du reste.

Réponse courte : les repères officiels, inscrits dans le carnet de santé depuis 2025, ne trient pas les minutes entre éducatif et divertissement. Ils fixent des étapes par âge (pas d’écran avant 3 ans, un usage exceptionnel et accompagné entre 3 et 6 ans) et insistent sur la qualité des contenus, la présence d’un adulte, et ce que l’écran prend au sommeil, au mouvement et aux échanges en famille.

Cela dit, il existe une vraie différence, de simple bon sens, entre un enfant actif devant un écran et un enfant qui regarde passivement, et elle mérite votre attention même sans règle officielle pour la trancher.

Nous fabriquons une application de calcul, 99 Math Animals (l’application est en anglais, pas en français), qui relève entièrement du temps d’écran : c’est donc une question que nous nous posons honnêtement, pas seulement comme argument commercial. Voici ce que disent vraiment les recommandations en France, pourquoi la séparation entre éducatif et divertissement est moins officielle qu’il n’y paraît, et une façon pratique de faire la différence sans ranger les applications dans un règlement.

Que disent les recommandations françaises sur les écrans ?

Le texte de référence le plus récent est le rapport de la commission d’experts « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu », remis au président de la République en avril 2024. Ses repères par âge ont été repris par le ministère de la Santé, et le nouveau carnet de santé, en vigueur depuis janvier 2025, aborde les écrans à chaque étape. Pour les jeunes enfants, ils tiennent en deux lignes. Avant 3 ans, pas d’écran du tout, même allumé en fond sonore ; depuis juillet 2025, les écrans sont d’ailleurs interdits pour les moins de 3 ans dans les crèches et chez les assistantes maternelles. Entre 3 et 6 ans, le rapport parlait d’un usage « occasionnel » ; le ministère retient un usage « exceptionnel », limité à des contenus éducatifs de qualité et accompagné par un adulte. Les repères continuent ensuite jusqu’à l’adolescence, avec par exemple pas de réseaux sociaux avant 15 ans.

Vous connaissez peut-être aussi la règle « 3-6-9-12 » du psychiatre Serge Tisseron, très diffusée dans les écoles et les cabinets de pédiatrie depuis 2008 : pas d’écran avant 3 ans, pas de console de jeu personnelle avant 6 ans, pas d’internet avant 9 ans, et pas d’internet seul avant 12 ans. Plus ancienne et un peu plus souple sur certains âges, elle va dans le même sens. Vous trouverez les repères officiels actuels sur la page du ministère consacrée aux enfants et aux écrans.

Existe-t-il une règle officielle qui exclut le temps d’écran éducatif ?

Non. Aucun de ces textes ne propose une formule où tout ce qui porte l’étiquette « éducatif » sortirait du total. Le mot « éducatif » apparaît bien dans le repère des 3-6 ans, mais comme une condition (si écran il y a, que ce soit un contenu de qualité, avec un adulte), pas comme une exemption. L’étiquette d’une application ou d’un dessin animé n’est jamais, à elle seule, un laissez-passer. Pour un enfant de 4 ou 5 ans, cela vaut aussi pour la nôtre.

Alors, qu’est-ce qui compte vraiment ?

  • La qualité du contenu. Construit-il une vraie compétence, ou récompense-t-il surtout le tapotement avec du bruit et des animations ? Nous avons rassemblé une liste plus complète dans notre article pour choisir une application de maths pour enfant.
  • Le contexte. Un adulte est-il à côté, impliqué, ou au moins au courant de ce qui se passe, ou l’enfant est-il seul avec un appareil pour une durée sans fin ?
  • Ce que l’écran remplace. Les mêmes 20 minutes comptent moins que de savoir si elles sont prises sur le sommeil, le jeu dehors ou le temps en famille, ou si elles remplissent un vrai moment creux. C’est le sens de la règle des « quatre pas » souvent citée en France : pas d’écran le matin avant l’école, pas pendant les repas, pas avant de s’endormir, pas dans la chambre de l’enfant.
Une mère et sa fille assises dans un canapé regardent ensemble une tablette ; toutes deux sourient, l’air captivé.
Les recommandations s’intéressent davantage à qui est dans la pièce qu’à la catégorie de l’application.

Concrètement, que veut dire « accompagné » entre 3 et 6 ans ?

Accompagner ne veut pas dire surveiller de loin. Cela veut dire être à côté, au moins au début, regarder ensemble et commenter (« combien de poissons as-tu trouvés ? »), et décider avant de commencer quand l’écran s’arrêtera, par exemple à la fin d’un niveau ou quand sonne le minuteur. Cela veut aussi dire choisir le contenu à l’avance plutôt que de laisser défiler les suggestions, et reprendre la conversation après : ce que l’enfant a fait, ce qu’il a aimé, ce qui était difficile. Pour un enfant de maternelle, quelques séances courtes dans la semaine, avec un adulte à côté, nous semblent bien correspondre à l’esprit du repère officiel ; une tablette tendue pour avoir la paix au restaurant, beaucoup moins.

Comment faire la différence, en pratique ?

Faute de règle officielle, cette grille simple tient bien la route : trois signaux, dont aucun ne dépend de l’étiquette de l’application.

SignalPlutôt passifPlutôt actif
Ce qui se passeL’enfant regarde surtout, et agit peuL’enfant répond, choisit, crée, résout
La finContinue tant qu’un adulte n’arrête pasPrévoit un point d’arrêt naturel
AprèsRéclame souvent « encore un »En général calme et prêt à passer à autre chose

Rien de tout cela n’oblige à classer les applications dans un règlement : il s’agit plutôt de remarquer une tendance sur quelques séances que de juger une séance isolée.

Une fillette concentrée pose l’index sur l’écran d’une tablette posée à plat sur une table en bois.
Faire quelque chose plutôt que regarder quelque chose se passer : c’est cette distinction qui compte, plus que l’étiquette de l’application.
Une tablette posée sur une table basse, à côté d’un garçon au tee-shirt rayé qui joue maintenant avec des cubes en bois colorés.
Une séance qui se termine nettement et laisse place à autre chose est bon signe, quel que soit ce qu’il y avait à l’écran.

Vingt minutes d’appli de maths, est-ce comme vingt minutes de dessin animé ?

Pas forcément, mais pas forcément mieux non plus. Une application éducative vraiment bien faite s’en sort en général mieux sur les questions de la grille ci-dessus (actif plutôt que passif, fin nette), et c’est une différence réelle. Mais une application « éducative » mal conçue, avec de la publicité, des niveaux sans fin et aucun point d’arrêt, peut se comporter exactement comme le divertissement qu’elle prétend surpasser. L’étiquette ne fait pas le travail ; la conception et le contexte, si.

Une bonne application, on peut donc en abuser sans risque ?

Non. Même un contenu de qualité prend du temps qui pourrait aller au sommeil, au mouvement ou au jeu avec d’autres, et toutes les recommandations vont vers des limites raisonnables et régulières, pas vers un usage illimité de quoi que ce soit. Entre 3 et 6 ans, le mot retenu par le ministère est même « exceptionnel ». La qualité permet à une application d’avoir sa place parmi le reste ; elle ne la dispense pas de limites.

Les questions des parents

Le temps d’écran éducatif compte-t-il dans le temps d’écran ?

Officiellement, oui : aucune recommandation française n’exclut les contenus « éducatifs » du total. Les repères officiels fixent des étapes par âge et insistent sur la qualité des contenus, la présence d’un adulte et ce que l’écran remplace, sans trier les minutes par catégorie.

Combien de temps d’écran à 3, 4 ou 5 ans ?

Les repères officiels ne donnent pas de nombre de minutes. Entre 3 et 6 ans, ils recommandent un usage exceptionnel, limité à des contenus éducatifs de qualité et accompagné par un adulte. Avant 3 ans, pas d’écran du tout, même en fond sonore.

Quelle différence entre écran actif et écran passif ?

Un écran actif, c’est un enfant qui fait quelque chose : il répond, choisit, crée. Un écran passif, c’est surtout regarder quelque chose se passer, sans agir. Cette différence compte davantage que l’étiquette « éducatif », mais elle ne dispense pas de limites.

Comment savoir si le temps d’écran de mon enfant est de bonne qualité ?

Regardez si votre enfant est actif plutôt que spectateur, si la séance a une fin naturelle, et comment il est après : calme et prêt à passer à autre chose est meilleur signe qu’une crise au moment d’arrêter, quel que soit le programme ou l’application.

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